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14 janv. 2013

Des attaques contre le Tamiflu

Certains médecins considèrent le Tamiflu comme le meilleur médicament actuellement disponible contre la grippe.
Les personnes qui prennent le Tamiflu pour se protéger contre la grippe A doivent se méfier de certains effets secondaires. Cette année, les pharmaciens néerlandais ont déjà délivré sur ordonnance plus de 9.000 fois l’anti-virus Oseltamivir, plus connu sous le nom commercial de Tamiflu. Cependant, selon le syndicat des pharmaciens néerlandais, le KNMP, la réserve est de mise.

Depuis que le Tamiflu est devenu un médicament commun et qu’il est de plus en plus utilisé, certains effets secondaires qui n’apparaissaient pas pendant la période de test surviennent. En Grande-Bretagne, le Tamiflu a été prescrit à des centaines de milliers de patients grippés, dont la moitié sont des enfants. Selon différentes études britanniques, entre autres de l’Université d’Oxford, ce sont justement les jeunes enfants qui risquent de souffrir de troubles graves.

Plaintes
Les effets secondaires répertoriés sont entre autres des maux de tête, des vomissements, de graves troubles intestinaux et des cauchemars. Entre-temps, les autorités britanniques en matière de santé ont reçu plus de 400 plaintes différentes relatives à la santé.
Aux Pays-Bas, on connaît peu d’autres symptômes que ceux énoncés lors d’une enquête précédente.
"Nous ne les connaissons pas, car l’Oseltamivir n’a été que peu prescrit ces dernières années", déclare le dr. Eugène van Puijenbroek, chef du service d’analyses du Centre néerlandais d’effets secondaires (Lareb) qui veille à l’utilisation en toute sécurité des médicaments.
"C’est l’usage croissant qui vient de faire découvrir aux médecins anglais des effets secondaires rares, survenant dans un cas sur dix ou vingt mille utilisateurs."

Protection
En plus des effets secondaires, le Tamiflu et autres anti-viraux n’ont qu’un effet préventif limité. C’est pourquoi la méfiance est de mise, pense le KNMP. Selon le syndicat, les médecins de famille prescrivent la grande majorité des ordonnances, les dispensaires le reste. Ce qui fait déjà plus de 9.000 ordonnances pour cette année.
La protection du Tamiflu est de courte durée. Dès que l’utilisateur arrête le traitement, elle disparaît. En principe, ce médicament ne peut pas être pris plus de 6 semaines. Les effets de l’utilisation prolongée du médicament sont inconnus, et la pandémie durera sans doute plus de 6 semaines.

Mentionner les effets secondaires
En fait, il n’est pas encore certain que les effets secondaires proviennent tous des anti-viraux. Les médicaments semblent ne pas avoir d’effet sur les autres symptômes possibles de la grippe, comme l’asthme et la fièvre. Certains enfants qui sont gravement atteints ont besoin de prendre des antibiotiques en supplément pour guérir. Sur la base des données actuelles, les chercheurs de l’Université d’Oxford affirment que les enfants ne doivent pas prendre systématiquement le Tamiflu. Ils pensent que les effets secondaires sont plus graves que la grippe elle-même et mettent en garde contre d’éventuelles complications.

Mais, selon Eugène van Puijenbroek du Lareb, les anti-viraux sont contrôlés étroitement au niveau de la sécurité. Il en est de même à l’OMS, l’Organisation mondiale pour la santé. Elle pense que le nombre d’effets secondaires encore inconnus constatés aux Pays-Bas va augmenter. L’Institut de recherche néerlandais sur la santé , le RIVM, a appelé les médecins et les pharmaciens à veiller aux remarques faites par les utilisateurs. "Les patients ne doivent donc pas hésiter à prévenir leur médecin ou pharmacien", dit-il.
Jusqu’à présent, les instituts de surveillance anglais et néerlandais, ainsi que l’OMS, partent du principe que le médicament est sûr. L’OMS conseille les patients malades de la grippe de continuer à prendre le Tamiflu. Il diminue l’agressivité du virus de la grippe et raccourcit la durée de la maladie.

Utilisation préventive
"Au moment où la grippe A est apparue, les anti-viraux ont été prescrits de façon préventive. Surtout aux voyageurs qui se rendaient au Mexique ou aux Etats-Unis", ajoute Annemieke Horiks du KNMP. "Maintenant, nous ne le faisons plus. Le Tamiflu n’est prescrit qu’aux patients atteints de la grippe. Ils obtiennent gratuitement le médicament du stock national. Les personnes qui désirent malgré tout avoir le médicament en guise de prévention doivent le payer de leur poche."

Selon Annemieke Horikx, un médecin peut prendre la décision de prescrire dans certains cas le Tamiflu en prévention, dans le cas de grave maladie dans la famille par exemple. Les Néerlandais vivant dans un pays où le système de santé est moins fiable peuvent demander à leur médecin néerlandais de leur prescrire le médicament par mesure préventive. "C’est le médecin qui décidera, mais je pense qu’il s’agira de cas isolés. Ils doivent savoir qu’ils devront payer le médicament de leur poche", souligne Annemieke Horikx. "Mais il ne faut pas oublier que nous avons affaire pour le moment à une variante bénigne d’un nouveau type de grippe. Nous ne prenons pas non plus d’anti-viraux dans le cas de grippe hivernale classique."
Le monde médical est divisé sur le Tamiflu, l’antigrippal qui a rapporté des milliards au géant pharmaceutique suisse Roche. Un journal médical britannique et un réseau de santé international mettent en doute son efficacité à réduire les complications liées à la grippe.
Le British Medical Journal publie un article cinglant qui dénonce le manque de preuves disponibles pour établir l’efficacité du Tamiflu et accuse Roche d’avoir «plusieurs fois rompu sa promesse de rendre les rapports des études totalement disponibles».

Parallèlement, la «Cochrane Collaboration» (un réseau de plus de 28'000 professionnels de la santé répartis sur plus de 100 pays) a passé les études sur le Tamiflu au peigne fin, et conclut à des divergences entre les papiers publiés sur le médicament et les données cliniques disponibles. Ainsi, l’efficacité ne pourrait pas être totalement prouvée, parce que Roche n’aurait pas publié les données complètes de ses tests cliniques.

Selon le réseau Cochrane, si le Tamiflu aide les patients à se sentir mieux en moyenne 21 heures après avoir ressenti les premiers symptômes, il ne permet pas de réduire le nombre de patients qui doivent finalement être hospitalisés.

Plusieurs pays ont constitué des stocks de Tamiflu pour faire face aux épidémies de grippe. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) maintient qu’elle le gardera sur sa liste de médicaments essentiels vu qu’elle prend en compte les données récoltées sur le terrain pendant les épidémies aussi bien que les tests cliniques.

3200 pages de données

Tom Jefferson, de Cochrane, clame que Roche – bien que rien ne l’y oblige légalement – aurait dû fournir davantage de données. Le réseau n’a reçu qu’une partie des rapports d’études cliniques, le résumé des méthodes et les résultats. Mais cela ne représentait en tout qu’un quart de ce qui avait été demandé.

Le géant bâlois réplique qu’il a fourni une vaste information. Dans une réponse rendue par courriel à nos questions, un porte-parole écrit que «Roche a donné au réseau Cochrane l’accès à 3200 pages d’informations très détaillées, qui permettent de répondre à leurs questions».

«D’amples études cliniques et les expériences sur le terrain montrent que le Tamiflu offre généralement une bonne sécurité et est bien toléré», écrit encore Roche.

«Sommaire et sporadique»

L’oseltamivir, vendu sous la marque Tamiflu, a été utilisé à grande échelle pour combattre la grippe aviaire en 2005 et la grippe porcine en 2009-2010.

Selon Roche, les données de la pandémie de 2009 ont montré que le Tamiflu «est efficace et bien toléré, réduit le risque de complications, le nombre d’admissions aux soins intensifs et la longueur des séjours à l’hôpital et améliore les chances de survie». «Nous nous portons garants de la solidité et de l’intégrité de nos données, qui étayent l’efficacité et la sureté du Tamiflu», écrit encore le géant bâlois.

Mais Tom Jefferson persiste. Pour lui, «les meilleures sources de preuves pour établir l’efficacité et la sûreté d’un médicament restent les études cliniques formelles» et les performances mesurées durant la pandémie de 2009 l’ont été sur la base d’études «très sommaires et sporadiques».

Le bébé et l’eau du bain

Malgré ces remous, l’oseltamivir a toujours ses supporters. Pascal Meylan, de l’Institut de microbiologie du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne, en fait partie. S’il reconnaît ne pas être familier avec le réseau Cochrane, il trouve que le médicament est bon, et qu’il a prouvé son utilité durant la pandémie de 2009-2010.

«Je pense que c’est un médicament efficace, le meilleur que nous ayons en ce moment pour traiter l’influenza, et il serait dommage de s’en passer», explique ce spécialiste des maladies virales. Tout en insistant sur la nécessité de le prendre assez tôt, dans les 48 heures après avoir attrapé la grippe: «je le conseille aux patients, mais en étant très attentif au timing. Il y a très peu d’effets secondaires».

Pascal Meylan ajoute que ceux qui se livrent à des vérifications indépendantes (comme l’a fait le réseau Cochrane) ont tendance, par nature, à «démonter radicalement toutes les preuves». «Il y a peut-être un problème, mais rejeter totalement le Tamiflu serait comme jeter le bébé avec l’eau du bain», conclut le praticien.

Le prochain round

Pas de quoi convaincre Tom Jefferson, irrité de voir que tant d’argent public a été dépensé pour constituer des stocks d’un médicament dont l’efficacité et la sureté sont sujettes à caution.

«En tant que médecin, si je prescris un médicament, je veux savoir comment il agit et avec quoi il interagit. Je serais très prudent face à une substance pour laquelle les preuves ne sont pas bien établies», explique le membre du réseau Cochrane.

Car celui-ci n’a guère trouvé de preuves à l’appui des affirmations de Roche. Par contre, il a trouvé des données non publiées sur les effets secondaires, qui montrent que le Tamiflu pourrait provoquer la nausée.

Pour Tom Jefferson, la balle est maintenant dans le camp de l’Agence européenne des médicaments (EMA, un organe de l’Union européenne), qui aurait le droit de rouvrir le dossier du Tamiflu et d’examiner toutes les preuves. Mais en attendant, l’EMA n’a pas répondu à notre demande de commentaire.
Susan Vogel-Misicka et Jessica Dacey, swissinfo.ch
Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez

Tamiflu

En mai 2009, l’OMS demande aux Etats de constituer des stocks de Tamiflu pour faire face à ce qu’elle nomme une pandémie globale de grippe porcine H1N1. Cette année-là, le médicament de Roche cumule des ventes pour 3,2 milliards de francs suisses.

L’alerte à la pandémie est levée en 2010. La grippe saisonnière ayant été relativement peu virulente et la plupart des gouvernements ayant constitué leurs stocks, les ventes de Tamiflu chutent drastiquement: 873 millions en 2010 et 301 millions sur les neuf premiers mois de 2011.

En 2009, Roche avait fait état de deux nouvelles études démontrant l’efficacité de son médicament. Selon elles, 53% des patients atteints de grippe aviaire et ayant reçu du Tamiflu avaient survécu, contre 12% des patients non traités. Quant aux patients à hauts risques atteints d’une sévère grippe saisonnière, le Tamiflu permettait de réduire leur mortalité de 37%.

Selon Roche, le Tamiflu est capable de lutter contre tous les types de virus de type influenza. Il agit en bloquant l’action de la neuraminidase, enzyme présente en surface du virus, ce qui l’empêche de se propager dans le corps.

Des enfants à qui l’on a administré du Tamiflu ont présenté des symptômes de folie, allant jusqu’au suicide. Ces effets collatéraux étaient connus grâce aux Japonais. Tokyo a décidé alors d’interdire le Tamiflu aux personnes dont l’âge se situe entre 10 et 19 ans. Un procès est en cours contre le gendarme pharmaceutique, l’équivalent japonais de Swissmedic.

Aucun commentaire:

Des attaques contre le Tamiflu

Certains médecins considèrent le Tamiflu comme le meilleur médicament actuellement disponible contre la grippe.
Les personnes qui prennent le Tamiflu pour se protéger contre la grippe A doivent se méfier de certains effets secondaires. Cette année, les pharmaciens néerlandais ont déjà délivré sur ordonnance plus de 9.000 fois l’anti-virus Oseltamivir, plus connu sous le nom commercial de Tamiflu. Cependant, selon le syndicat des pharmaciens néerlandais, le KNMP, la réserve est de mise.

Depuis que le Tamiflu est devenu un médicament commun et qu’il est de plus en plus utilisé, certains effets secondaires qui n’apparaissaient pas pendant la période de test surviennent. En Grande-Bretagne, le Tamiflu a été prescrit à des centaines de milliers de patients grippés, dont la moitié sont des enfants. Selon différentes études britanniques, entre autres de l’Université d’Oxford, ce sont justement les jeunes enfants qui risquent de souffrir de troubles graves.

Plaintes
Les effets secondaires répertoriés sont entre autres des maux de tête, des vomissements, de graves troubles intestinaux et des cauchemars. Entre-temps, les autorités britanniques en matière de santé ont reçu plus de 400 plaintes différentes relatives à la santé.
Aux Pays-Bas, on connaît peu d’autres symptômes que ceux énoncés lors d’une enquête précédente.
"Nous ne les connaissons pas, car l’Oseltamivir n’a été que peu prescrit ces dernières années", déclare le dr. Eugène van Puijenbroek, chef du service d’analyses du Centre néerlandais d’effets secondaires (Lareb) qui veille à l’utilisation en toute sécurité des médicaments.
"C’est l’usage croissant qui vient de faire découvrir aux médecins anglais des effets secondaires rares, survenant dans un cas sur dix ou vingt mille utilisateurs."

Protection
En plus des effets secondaires, le Tamiflu et autres anti-viraux n’ont qu’un effet préventif limité. C’est pourquoi la méfiance est de mise, pense le KNMP. Selon le syndicat, les médecins de famille prescrivent la grande majorité des ordonnances, les dispensaires le reste. Ce qui fait déjà plus de 9.000 ordonnances pour cette année.
La protection du Tamiflu est de courte durée. Dès que l’utilisateur arrête le traitement, elle disparaît. En principe, ce médicament ne peut pas être pris plus de 6 semaines. Les effets de l’utilisation prolongée du médicament sont inconnus, et la pandémie durera sans doute plus de 6 semaines.

Mentionner les effets secondaires
En fait, il n’est pas encore certain que les effets secondaires proviennent tous des anti-viraux. Les médicaments semblent ne pas avoir d’effet sur les autres symptômes possibles de la grippe, comme l’asthme et la fièvre. Certains enfants qui sont gravement atteints ont besoin de prendre des antibiotiques en supplément pour guérir. Sur la base des données actuelles, les chercheurs de l’Université d’Oxford affirment que les enfants ne doivent pas prendre systématiquement le Tamiflu. Ils pensent que les effets secondaires sont plus graves que la grippe elle-même et mettent en garde contre d’éventuelles complications.

Mais, selon Eugène van Puijenbroek du Lareb, les anti-viraux sont contrôlés étroitement au niveau de la sécurité. Il en est de même à l’OMS, l’Organisation mondiale pour la santé. Elle pense que le nombre d’effets secondaires encore inconnus constatés aux Pays-Bas va augmenter. L’Institut de recherche néerlandais sur la santé , le RIVM, a appelé les médecins et les pharmaciens à veiller aux remarques faites par les utilisateurs. "Les patients ne doivent donc pas hésiter à prévenir leur médecin ou pharmacien", dit-il.
Jusqu’à présent, les instituts de surveillance anglais et néerlandais, ainsi que l’OMS, partent du principe que le médicament est sûr. L’OMS conseille les patients malades de la grippe de continuer à prendre le Tamiflu. Il diminue l’agressivité du virus de la grippe et raccourcit la durée de la maladie.

Utilisation préventive
"Au moment où la grippe A est apparue, les anti-viraux ont été prescrits de façon préventive. Surtout aux voyageurs qui se rendaient au Mexique ou aux Etats-Unis", ajoute Annemieke Horiks du KNMP. "Maintenant, nous ne le faisons plus. Le Tamiflu n’est prescrit qu’aux patients atteints de la grippe. Ils obtiennent gratuitement le médicament du stock national. Les personnes qui désirent malgré tout avoir le médicament en guise de prévention doivent le payer de leur poche."

Selon Annemieke Horikx, un médecin peut prendre la décision de prescrire dans certains cas le Tamiflu en prévention, dans le cas de grave maladie dans la famille par exemple. Les Néerlandais vivant dans un pays où le système de santé est moins fiable peuvent demander à leur médecin néerlandais de leur prescrire le médicament par mesure préventive. "C’est le médecin qui décidera, mais je pense qu’il s’agira de cas isolés. Ils doivent savoir qu’ils devront payer le médicament de leur poche", souligne Annemieke Horikx. "Mais il ne faut pas oublier que nous avons affaire pour le moment à une variante bénigne d’un nouveau type de grippe. Nous ne prenons pas non plus d’anti-viraux dans le cas de grippe hivernale classique."
Le monde médical est divisé sur le Tamiflu, l’antigrippal qui a rapporté des milliards au géant pharmaceutique suisse Roche. Un journal médical britannique et un réseau de santé international mettent en doute son efficacité à réduire les complications liées à la grippe.
Le British Medical Journal publie un article cinglant qui dénonce le manque de preuves disponibles pour établir l’efficacité du Tamiflu et accuse Roche d’avoir «plusieurs fois rompu sa promesse de rendre les rapports des études totalement disponibles».

Parallèlement, la «Cochrane Collaboration» (un réseau de plus de 28'000 professionnels de la santé répartis sur plus de 100 pays) a passé les études sur le Tamiflu au peigne fin, et conclut à des divergences entre les papiers publiés sur le médicament et les données cliniques disponibles. Ainsi, l’efficacité ne pourrait pas être totalement prouvée, parce que Roche n’aurait pas publié les données complètes de ses tests cliniques.

Selon le réseau Cochrane, si le Tamiflu aide les patients à se sentir mieux en moyenne 21 heures après avoir ressenti les premiers symptômes, il ne permet pas de réduire le nombre de patients qui doivent finalement être hospitalisés.

Plusieurs pays ont constitué des stocks de Tamiflu pour faire face aux épidémies de grippe. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) maintient qu’elle le gardera sur sa liste de médicaments essentiels vu qu’elle prend en compte les données récoltées sur le terrain pendant les épidémies aussi bien que les tests cliniques.

3200 pages de données

Tom Jefferson, de Cochrane, clame que Roche – bien que rien ne l’y oblige légalement – aurait dû fournir davantage de données. Le réseau n’a reçu qu’une partie des rapports d’études cliniques, le résumé des méthodes et les résultats. Mais cela ne représentait en tout qu’un quart de ce qui avait été demandé.

Le géant bâlois réplique qu’il a fourni une vaste information. Dans une réponse rendue par courriel à nos questions, un porte-parole écrit que «Roche a donné au réseau Cochrane l’accès à 3200 pages d’informations très détaillées, qui permettent de répondre à leurs questions».

«D’amples études cliniques et les expériences sur le terrain montrent que le Tamiflu offre généralement une bonne sécurité et est bien toléré», écrit encore Roche.

«Sommaire et sporadique»

L’oseltamivir, vendu sous la marque Tamiflu, a été utilisé à grande échelle pour combattre la grippe aviaire en 2005 et la grippe porcine en 2009-2010.

Selon Roche, les données de la pandémie de 2009 ont montré que le Tamiflu «est efficace et bien toléré, réduit le risque de complications, le nombre d’admissions aux soins intensifs et la longueur des séjours à l’hôpital et améliore les chances de survie». «Nous nous portons garants de la solidité et de l’intégrité de nos données, qui étayent l’efficacité et la sureté du Tamiflu», écrit encore le géant bâlois.

Mais Tom Jefferson persiste. Pour lui, «les meilleures sources de preuves pour établir l’efficacité et la sûreté d’un médicament restent les études cliniques formelles» et les performances mesurées durant la pandémie de 2009 l’ont été sur la base d’études «très sommaires et sporadiques».

Le bébé et l’eau du bain

Malgré ces remous, l’oseltamivir a toujours ses supporters. Pascal Meylan, de l’Institut de microbiologie du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne, en fait partie. S’il reconnaît ne pas être familier avec le réseau Cochrane, il trouve que le médicament est bon, et qu’il a prouvé son utilité durant la pandémie de 2009-2010.

«Je pense que c’est un médicament efficace, le meilleur que nous ayons en ce moment pour traiter l’influenza, et il serait dommage de s’en passer», explique ce spécialiste des maladies virales. Tout en insistant sur la nécessité de le prendre assez tôt, dans les 48 heures après avoir attrapé la grippe: «je le conseille aux patients, mais en étant très attentif au timing. Il y a très peu d’effets secondaires».

Pascal Meylan ajoute que ceux qui se livrent à des vérifications indépendantes (comme l’a fait le réseau Cochrane) ont tendance, par nature, à «démonter radicalement toutes les preuves». «Il y a peut-être un problème, mais rejeter totalement le Tamiflu serait comme jeter le bébé avec l’eau du bain», conclut le praticien.

Le prochain round

Pas de quoi convaincre Tom Jefferson, irrité de voir que tant d’argent public a été dépensé pour constituer des stocks d’un médicament dont l’efficacité et la sureté sont sujettes à caution.

«En tant que médecin, si je prescris un médicament, je veux savoir comment il agit et avec quoi il interagit. Je serais très prudent face à une substance pour laquelle les preuves ne sont pas bien établies», explique le membre du réseau Cochrane.

Car celui-ci n’a guère trouvé de preuves à l’appui des affirmations de Roche. Par contre, il a trouvé des données non publiées sur les effets secondaires, qui montrent que le Tamiflu pourrait provoquer la nausée.

Pour Tom Jefferson, la balle est maintenant dans le camp de l’Agence européenne des médicaments (EMA, un organe de l’Union européenne), qui aurait le droit de rouvrir le dossier du Tamiflu et d’examiner toutes les preuves. Mais en attendant, l’EMA n’a pas répondu à notre demande de commentaire.
Susan Vogel-Misicka et Jessica Dacey, swissinfo.ch
Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez

Tamiflu

En mai 2009, l’OMS demande aux Etats de constituer des stocks de Tamiflu pour faire face à ce qu’elle nomme une pandémie globale de grippe porcine H1N1. Cette année-là, le médicament de Roche cumule des ventes pour 3,2 milliards de francs suisses.

L’alerte à la pandémie est levée en 2010. La grippe saisonnière ayant été relativement peu virulente et la plupart des gouvernements ayant constitué leurs stocks, les ventes de Tamiflu chutent drastiquement: 873 millions en 2010 et 301 millions sur les neuf premiers mois de 2011.

En 2009, Roche avait fait état de deux nouvelles études démontrant l’efficacité de son médicament. Selon elles, 53% des patients atteints de grippe aviaire et ayant reçu du Tamiflu avaient survécu, contre 12% des patients non traités. Quant aux patients à hauts risques atteints d’une sévère grippe saisonnière, le Tamiflu permettait de réduire leur mortalité de 37%.

Selon Roche, le Tamiflu est capable de lutter contre tous les types de virus de type influenza. Il agit en bloquant l’action de la neuraminidase, enzyme présente en surface du virus, ce qui l’empêche de se propager dans le corps.

Des enfants à qui l’on a administré du Tamiflu ont présenté des symptômes de folie, allant jusqu’au suicide. Ces effets collatéraux étaient connus grâce aux Japonais. Tokyo a décidé alors d’interdire le Tamiflu aux personnes dont l’âge se situe entre 10 et 19 ans. Un procès est en cours contre le gendarme pharmaceutique, l’équivalent japonais de Swissmedic.

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