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26 août 2017

Un hôpital londonien réalise le rêve de patients en fin de vie grâce à la VR

Hôpital expérience VR réalité virtuelle pour patients en fin de vieL’hôpital britannique « Royal Trinity Hospice » accueille des patients en fin de vie et les accompagnent dans leurs derniers jours en leur offrant des conditions dignes avant de s’éteindre. Le centre propose désormais à ses patients de réaliser un de leur rêve virtuellement et de les éloigner, le temps d’une expérience immersive, de la douleur et de l’anxiété de leur quotidien.
L’accompagnement des personnes en fin de vie est délicat. Il faut offrir bien évidemment des soins mais aussi un accompagnement et beaucoup de compréhension. De nombreux patients, avant de mourir, évoquent leurs souvenirs, leurs joies mais aussi leurs regrets de ne pas avoir réalisé telle ou telle chose dans leur vie. C’est pourquoi, un hôpital londonien a tenté, avec succès, de permettre à ses patients de s’échapper de la réalité et de réaliser un de leur rêve grâce à la réalité virtuelle. Non seulement les patients sont heureux de l’expérience insolite mais cela a aussi un effet très bénéfique sur leur souffrance et leur anxiété.
anxiété.
Hôpital VR patients en fin de vie

La VR pour améliorer la qualité de vie des patients en phase terminale

Tout est parti de la rencontre d’un producteur de films avec une mère, paralysée depuis de nombreuses années. Celle-ci a confié au réalisateur que son plus grand regret était de n’avoir jamais pu nager avec les dauphins et, désormais handicapée, ne pourrait désormais plus jamais réaliser ce rêve de petite fille. Touché par cet aveu, le réalisateur a alors conçu un film immersif en 3D et à 360 degrés pour la maman de deux enfants. Face à l’émerveillement de la femme handicapée durant son expérience en réalité virtuelle de nager avec des dauphins, l’idée de s’associer avec un hôpital pour personnes en fin de vie a germé dans l’esprit du producteur.

Et c’est vers l’hôpital « Royal Trinity Hospice » de Londres, qui accueille des patients en fin de vie, que l’expérience s’est poursuivie. Les patients évoquent auprès de l’équipe médicale un rêve qu’ils aimeraient réaliser avant de mourir et le personnel choisit, parmi la playlist d’expériences VR disponible, le film immersif le plus adapté. Les patients peuvent ainsi, depuis leur lit d’hôpital, vivre virtuellement la sensation de faire du ski dans les Alpes, surfer sur la plus belle vague de Tahiti, admirer les chutes du Niagara, voyager à travers le monde, etc. Les limites physiques du corps de les contraintes de la maladie sont oubliées le temps de l’expérience et les résultats sont très encourageants.

L’hôpital réduit la douleur et l’anxiété de ses patients grâce à la VR

L’un des principaux objectifs d’un établissement recevant des patients en fin de vie est de réduire leur stress et la douleur tout en offrant un accompagnement digne pour les derniers instants de la personne. Les expériences en réalité virtuelle proposées semblent idéales pour cela.

Susie, par exemple est une patiente atteinte d’un cancer en phase terminale particulièrement douloureux. Après avoir expérimenté un voyage virtuel aux Maldives, la patiente, qui avait évalué sa souffrance à 7 sur une échelle de 10 avant d’enfiler le casque de réalité virtuelle, indiquait ne plus souffrir qu’à 3 sur 10 après l’immersion apaisante.

Une surprenante expérience de mort imminente en réalité virtuelle

Expérience décorporation en réalité virtuelleLe chercheur Mel Slater a mené une intéressante expérience en réalité virtuelle. Cette expérience reproduisait, sur les cobayes, l’étape de décorporation (sortie du corps) décrite par de nombreuses personnes ayant vécu une expérience de mort imminente. Le résultat de l’étude menée est particulièrement encourageant puisque les personnes ayant tenté l’expérience avaient moins peur de mourir par la suite. Explications…
De nombreuses personnes ayant été déclarées mortes cliniquement par un médecin (généralement après un arrêt cardiaque de quelques minutes) et étant revenues à la vie ont raconté avoir vécu une expérience troublante. Cette expérience appelée de mort imminente (Near Death Experience en anglais ou NDE) a changé les personnes l’ayant vécu. Ceux-ci ne craignaient alors plus de mourir et devenaient plus empathiques et généreux. C’est en se basant sur les étapes des témoignages de personnes étant déclarées mortes et étant revenues à la vie que le scientifique Mel Slater a élaboré son expérience en réalité virtuelle.

Une expérience de mort imminente qui enlève la peur de mourir

Expérience décorporation en VR
Un grand nombre de personnes ayant été déclarées mortes cliniquement racontent avoir senti qu’elles sortaient de leur corps et flotter au dessus de leur enveloppe charnelle comme s’ils étaient des observateurs de la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Bien souvent, il leur fallait un certain temps pour réaliser que le corps en dessous d’eux était leur enveloppe charnelle. Ils observaient alors la scène d’au dessus totalement détachés de toute peur, de douleur et de crainte.

Expérience de mort approchée en réalité virtuelle VRLes témoins d’une telle expérience racontent ensuite avoir vu leur vie défiler sous leurs yeux comme un film en accéléré et revoir des scènes de leur passé. Ils étaient ensuite projetés dans un tunnel de lumière blanche où règne un profond sentiment d’amour, de paix et de bien être. Ils rencontraient alors des êtres chers disparus qui étaient dans une sorte de halo lumineux et semblaient resplendissants et plein d’amour. Cependant l’expérience s’arrêtait là puisque brusquement ils avaient le sentiment de revenir brutalement dans leur corps réanimé. Cette expérience, vécue par de très nombreuses personnes sur toute la planète et ayant des religions totalement différente, est toujours similaire et appelée expérience de mort imminente ou NDE. Cette expérience bouleversante change à jamais ceux qui l’ont vécu et ceux-ci perdent toute notion de peur de la mort et deviennent, par ailleurs, de meilleures personnes, plus empathiques et plus généreuses.

L’expérience de mort imminente en réalité virtuelle

Expérience mort imminente en VRLe chercheur britannique Mel Slater a décidé de reproduire partiellement cette expérience auprès de cobayes grâce à la réalité virtuelle afin de voir si les expérimentateurs perdaient, eux-aussi, toute notion de peur de la mort. Aussi, a-t-il monté un projet à l’aide d’un casque de réalité virtuelle Oculus Rift et différents appareils pouvant stimuler, au moyen de vibrations, certains endroits stratégiques du corps. Rassurez vous, les cobayes ne mourraient pas pour revenir à la vie.
Les cobayes étaient invités, dans un premier temps à chausser le casque de réalité virtuelle, de s’installer confortablement sur une chaise. Une fois les appareils de stimulation connectés, l’expérimentateur était invité, par le programme en réalité virtuel conçu pour l’expérience, à prendre conscience de leur avatar et de ressentir leur corps à travers leur avatar. Différents exercices étaient proposés pour que ceux-ci prennent conscience de leur corps physique et de la position dans laquelle ils se trouvent.

La décorporation en réalité virtuelle

Expérience de mort imminente en réalité virtuelleC’est après cette première phase de prise de conscience de son propre corps au travers de l’avatar que la personne mourrait de façon virtuelle. Le cobaye voyait alors son point de vue de la scène changer comme s’il était sorti de son corps pour flotter dans la pièce. Toute stimulation physique était alors supprimée reproduisant assez fidèlement les expériences de décorporation décrites par ceux qui ont vécu une véritable expérience de mort imminente.

L’expérience menée par le chercheur est particulièrement réussie puisque, la plupart des cobayes ont assuré avoir ressenti une véritable sensation de séparation de leur corps physique et d’avoir observé leur avatar comme s’ils avaient réellement vécu une expérience de mort imminente et de décorporation.

Les résultats de l’expérience de mort imminente en réalité virtuelle

Pour le moment, trente deux cobayes ont tenté l’expérience de mort imminente en réalité virtuelle menée par le scientifique britannique. 16 d’entres-elles faisaient parti d’un groupe témoin et n’ont pas vécu la partie décorporation de l’expérience VR afin de pouvoir comparer les résultats correctement. Les expérimentateurs étaient ensuite interrogés tout de suite après l’expérience. Plusieurs questions leur étaient posés sur leur religion, s’ils avaient ressenti physiquement une expérience crédible de décorporation, leur sentiment ainsi que si cette expérience les avaient changés notamment sur la question de la peur de la mort.
Mort imminente en VR

Les résultats compilés par cette expérience sont assez troublants et encourageants. En effet, les personnes issues du groupe de cobayes ayant vécu l’expérience de décorporation et de mort imminente en réalité virtuelle ont affirmé ressentir désormais moins de peur de mourir que ceux qui ne l’avaient pas vécu. Le chercheur a aussi noté que le fait d’être athée ou croyant ne modifiait en rien les résultats de l’étude.

Des résultats en VR proches des enquêtes auprès de personnes ayant vécu une véritable expérience de mort imminente

Au final, les résultats obtenus grâce à l’expérience de décorporation en réalité virtuelle sont assez proches des enquêtes menées auprès de personnes qui ont vécu une véritable expérience de mort imminente, tout au moins sur l’aspect concernant la peur de mourir.
Mort imminente en réalité virtuelle

Des premiers résultats très encourageants donc, mais qui demandent à être confirmés. Aussi, l’équipe de Mel Slater va poursuivre l’expérience sur un plus grand nombre de cobayes afin d’obtenir des résultats beaucoup plus fins et scientifiquement pertinents.


17 août 2013

Peur de la mort ou peur de mourir ?

A ce destin scandaleux, nul ne s’habitue jamais. Jusqu’où ce refus est-il normal ? Quand devient-il pathologique ? Voici comment l’idée de la mort s’ancre en nous.
"Jusqu’à 32 ans, j’ai tenu la mort pour une abstraction, explique Sonia. Puis ma meilleure amie est décédée : un accident de voiture. Ce jour-là, j’ai vraiment réalisé que, moi aussi, j’étais concernée. Depuis, quand mes parents partent en voyage, je suis un peu anxieuse. Adepte de l’escalade, je prends moins de risques…"
Pour la psyché humaine, la mort est le paradoxe des paradoxes. C’est notre destin, donc un phénomène bien ordinaire, pourtant, écrit le philosophe Vladimir Jankélévitch dans La Mort (Flammarion, 1977), nul ne s’y habitue : "Chaque mort étonne ou scandalise, comme si elle était la première." En même temps, nous réussissons à vivre, à aimer, à agir malgré la menace quasi quotidienne de notre trépas… Serions-nous héroïques ou inconscients ? Rares sont ceux qui se disent : "Puisque je dois mourir, je commence dès aujourd’hui à me laisser dépérir, à refouler en moi tout désir." En fait, les pathologies directement liées à la peur de la mort sont peu nombreuses. Cependant, pour définir, dans la relation à la mort, la limite entre le normal et le pathologique, encore faut-il cerner les processus par lesquels elle s’ancre en nous, ainsi que leurs effets.

Naître à la mort

Test  ...  La mort vous fait-elle peur ? Faites le test !
"L’expérience de la naissance est la première expérience de l’émergence de la mort", déclarait Françoise Dolto dans Parler de la mort (Mercure de France, 1998). Notre venue au monde nous installe parmi ceux qui vont mourir. Elle implique d’emblée une perte : celle du placenta protecteur vécu par le nouveau-né comme une part de lui-même. Dès l’âge de 2-3 ans, l’enfant peut réaliser qu’une personne de son entourage est morte. Mais il s’imagine qu’elle est partie habiter dans un autre univers d’où elle reviendra peut-être. Pour un petit, mourir c’est vivre autrement. Inutile de s’inquiéter s’il ne pleure pas toutes les larmes de son corps et manifeste surtout de la curiosité ("Où il est papy, maintenant ?"). La mort intrigue les enfants, comme la sexualité et la procréation. En revanche, une absence de questionnements de sa part signale une difficulté : l’enfant se tait pour ménager ses parents s’il saisit leur incapacité à parler de ce décès. Or ce silence risque de le rendre inapte, plus tard, à assumer la confrontation avec la mort… sans se mortifier.

La peur s’installe

C’est une étape normale du développement de l’enfant. Vers 7 ans, l’idée de la mort devient très active. "J’y pensais tous les soirs avant de m’endormir, se souvient Delphine. J’étais angoissée à l’idée que j’allais mourir un jour. Pour me rassurer, j’ai imaginé un personnage, Monsieur Tout-le-Monde, nécessairement promis à la mort. Puis je me suis identifiée à lui. Alors, j’ai pu me dire que mourir était une chose normale et ma peur s’est atténuée." Certains enfants, eux, ne cessent de craindre que "maman meurt". Cette inquiétude provient d’un malaise ressenti par le tout-petit qui, lorsque sa mère s’absente, a peur qu’elle ne revienne pas, analyse Ginette Raimbault, psychanalyste et auteur de L’Enfant et la mort (Dunod, 1998). D’ordinaire, ce type d’angoisse s’apaise avec l’apprentissage de la solitude.
Très tôt la conscience de la mort donne lieu à une peur des morts inspirée, selon Freud, par la culpabilité : nos relations aux autres sont toujours teintées d’ambivalence, l’être le mieux aimé est simultanément haï. Aussi, quand une personne proche s’en va, nous nous sentons coupables – plus ou moins consciemment – des sentiments hostiles que nous lui portions. D’où les scénarios d’enfants et les dessins campant monstres et fantômes. Ceux-là mêmes que nous retrouvons dans la littérature fantastique et les films d’épouvante. Toutefois, sauf situation névrotique où la culpabilité demeure inentamable, notre psychisme sait aussi se protéger et transformer les morts en êtres bienveillants. Mais, d’une façon générale, les morts impressionnent. Les précautions oratoires adoptées pour les désigner témoignent de notre embarras. D’un défunt, on préfère dire qu’il est parti ou plongé dans le sommeil de l’éternité. Saint Paul nommait les morts "ceux qui dorment".

Moi aussi, je vais mourir…

C’est la mort des autres qui nous fait prendre conscience de notre mortelle condition. "Moi aussi, je vais mourir." Un constat propre à l’homme et impossible pour l’animal qui vit dans l’ignorance du sort qui l’attend. Etre un homme c’est craindre la mort et inventer des rituels pour marquer son passage. Les spécialistes de la préhistoire ne parlent d’"hominisation" qu’à partir du moment où les grands singes velus que nous tenons pour nos premiers ancêtres se sont mis à honorer leurs morts par des rites funéraires. Pourquoi ont-ils, dans la foulée, inventé les religions ? Probablement pour essayer de donner un sens à la vie et des images à la mort, univers de l’invisible et du non-représentable par excellence. Ce n’est pas un hasard si la majeure partie de la littérature philosophique s’emploie à nous aider à la penser. Pour mieux la dénier. "Il est inutile d’y songer, déclare Epicure. Tant que nous sommes là, elle n’est pas ; quand elle est là, nous ne sommes plus." Ou pour nous persuader de l’accepter avec sérénité. Grâce à la philosophie. "On peut apprendre à mourir", assure Montaigne.
"A 40 ans, je constate qu’autour de moi on commence à développer des cancers, observe Emmanuel, la mort a cessé d’être un “accident” pour entrer dans un certain quotidien. Surtout, j’ai peur pour mes parents : ils vieillissent et j’imagine que d’ici à quelques années, ils seront impotents… Après, forcément, ce sera la mort."
Si craindre la mort de parents, de proches, malades ou vieillissant, est légitime, être obsédé par la perspective du décès de tous les êtres qui nous entourent est névrotique. Tout comme la crainte perpétuelle de certaines mères pour la vie de leurs enfants. Pour la psychanalyse, ce type de symptômes est l’effet de vœux inconscients de mort transformés dans la conscience en obsession permanente de la mort.
Vouloir rester en vie, pour ceux qui ont besoin de nous, est une autre préoccupation très courante. "Quand mon mari et moi partons en voyage, nous ne prenons jamais le même avion, avoue Estelle, 40 ans, mère de deux garçons de 10 et 13 ans. Pour que nos enfants ne soient pas orphelins. Statistiquement, il est impossible que deux catastrophes aériennes surviennent coup sur coup." Eviter les situations susceptibles de causer prématurément notre décès n’a rien de pathologique. En revanche, se sentir en situation de danger permanent, sans raison, est plus problématique. On ne monte jamais dans une voiture, ni dans un bateau, on est obsédé par la pensée que nos proches vont disparaître… Certains individus, par superstition névrotique, frémissent d’horreur dès qu’ils lisent ou entendent le mot "mort", signe qu’il pourrait leur arriver une chose terrible.
En psychanalyse, la sensation constante de mort imminente, les angoisses morbides chroniques ont généralement leur source dans des conflits psychiques non résolus. "Grâce à ma thérapie, je me suis rendue compte que ma peur venait de la relation que j’avais eue avec ma mère, confie Sylvia. Enfant, je n’avais jamais pu me fier à elle. Adulte, je n’avais pas davantage confiance en la vie : j’imaginais que rien de bon ne pouvait m’arriver."
 

Que subsistera-t-il de notre moi ?

Pourquoi meurt-on ? Que se passe-t-il après ? De la mort dans sa concrétude, on ne sait rien. Nous n’avons que des fantasmes, c’est-à-dire un savoir inventé pour se rassurer, insiste Françoise Dolto. Les religions – fantasmes collectifs, selon Freud – nous font espérer un au-delà, une survie de "l’âme" : expliquer que Dieu rappelle très tôt à lui ceux qu’il aime est une façon de mieux supporter ce scandale absolu qu’est la mort d’un enfant. Elles ont aussi insufflé l’idée que la mort est, à l’occasion, une libération, le remède le plus efficace aux blessures de la vie. Mais leur perte d’influence laisse l’Occidental d’aujourd’hui plus démuni que jamais. Il ne dispose plus des mots et des gestes qui permettaient jadis de faire face à la Grande faucheuse. D’où sa tendance à cloîtrer dans les hôpitaux, à éloigner de son regard malades et vieillards et à négliger les rites funéraires.
Puisque la mort ne peut être pensée qu’à partir de l’unique expérience dont nous disposons – la vie –, l’illusion est nécessaire : après le moment fatal, quelque chose de notre moi subsistera. D’où nos préférences sur la façon dont sera traité notre cadavre.
"Je tiens à être enterrée pour qu’on vienne me voir, qu’on se souvienne. Le nom sur la tombe continue de maintenir une sorte d’existence", explique Marie. "Je voudrais être incinérée pour que mes cendres soient dispersées, pour être libre, explique Laure. Léguer mon corps à la science ? Pas question d’être charcutée !" Cette impossibilité de réaliser que, une fois morts, notre moi cessera d’exister, est à la base d’un fantasme très répandu : la peur d’être enterré vivant. Plus que la mort abstraite, c’est le "mourir" qui nous effraie. Évoquer ce moment de passage entre vie et trépas, où l’on se dirait "je meurs", donne le vertige. Mais au-delà de cette crainte métaphysique, il existe aussi la crainte très banale de la "sale" mort, celle qui fait souffrir. La plupart d’entre nous souhaite périr dans son sommeil, sans rien savoir de ce "mourir". Mieux vaut une crise cardiaque brutale à la lente agonie qui laisse le temps de penser à l’inévitable.

La mort, moteur de la vie

La mort impersonnelle, abstraite, nous la refusons tous : "Chaque individu veut mourir de sa mort “à lui”", constatait Freud dans ses Essais de psychanalyse (Payot, 1989). C’est pourquoi il agit, tente de se construire son propre destin. Selon les psychanalystes, c’est l’aiguillon de la mort qui nous pousse à faire des enfants grâce auxquels nous survivrons au-delà du néant. C’est lui aussi qui incite l’artiste à créer pour immortaliser son nom. James Joyce, auteur de textes particulièrement obscurs, l’affirmait clairement : "J’écris pour donner du travail aux universitaires pour les siècles à venir."
En fait, vivre éternellement serait sans doute d’un ennui sans fin. Car le désir de vivre, de créer, d’aimer se nourrit d’obstacles. Et, sans l’horizon de la mort, cette énergie intérieure s’éteindrait probablement à tout jamais. Autrement dit, nous avons psychologiquement besoin de la mort pour vivre.

Éros contre Thanatos

Plus nos décennies filent, plus la conscience de notre statut de mortel s’ancre dans nos esprits. "Tant que j’avais mes parents, j’y pensais rarement, assure Louisa, 59 ans. Maintenant que je suis grand-mère, je me dis qu’est venu mon tour."
Rédiger son testament est sans doute l’acte qui nous confronte le plus à la mort. Néanmoins, nous n’y croyons jamais concrètement. "Dans l’inconscient, chacun est persuadé de son immortalité", écrit Freud dans ses Essais de psychanalyse (Payot, 1989) : l’inconscient ignore le temps et, par conséquent, la mort. Même si nous avons vu des parents, des amis disparaître, notre inconscient nous murmure à l’oreille : "Toi, tu ne mourras pas." Le malade qui demande à être euthanasié ne croit pas davantage qu’il va mourir : il veut surtout abréger ses souffrances. Mais, à cet élan qui nous jette parfois dans les bras de la mort, il existe une autre explication. Selon Freud, en nous s’affrontent deux types de pulsions : les pulsions sexuelles, d’autoconservation (qu’il nomme "Éros") et la pulsion de mort (qu’il appelle "Thanatos") présente en nous dès la naissance.
Chez l’individu normal, les deux sont associées et c’est cette union qui produit un mouvement vers la création ou la procréation. Cependant, il arrive que les péripéties de l’histoire personnelle d’un individu (mauvais traitements, abandon ou deuils précoces mal surmontés) entraînent une disjonction de ces forces. Et là, la mort mène la danse…

Yasmina, 25 ans : “J’ai annoncé à mon père qu’il allait mourir”

"Plus que trois mois à vivre…" Ces mots, le jeune interne des hôpitaux de Paris n’a pas su les dire à mon père, qui, à 77 ans, entrait en phase terminale d’un cancer du fumeur. Ma mère non plus : "Je n’y arriverai jamais…"
Je lui ai répondu, la gorge serrée, que papa détestait le mensonge et qu’il avait le droit de savoir… Me voici assise devant lui, au salon. Le vide s’est fait autour de nous… "Papa, ils nous ont menti, il ne te reste pas beaucoup de temps, trois mois au mieux. Tu as une tumeur dans un poumon, en plus de celle dans ta gorge, et des métastases partout… Rien à faire, c’est fini…"
Il répond d’abord avec ses yeux, surpris que l’émissaire désigné soit la troisième de ses enfants : moi qui, à 25 ans, continue à refuser qu’il me quitte. J’ai su lire dans son regard : il n’était pas trop inquiet pour lui-même, il était enfin parvenu à accepter l’idée de la mort. Après ce silence, il me répond : "Je le sais bien : les brûlures sont de plus en plus fortes dans ma gorge, dans mon dos… Chaque jour, c’est pire, mais moi ça va, j’ai bien vécu." C’est décidé, il mourra à la maison, ne veut pas d’infirmière et demande qu’une belle grille soit mise autour de sa tombe. Ces paroles sans réserve nous ont permis à tous de mieux vivre ce passage vers l’inconnu. Sa mort a été comme un instant de grâce : dans sa maison, entouré de ceux qu’il a aimés, il a eu droit au bonheur, même au bord du trépas. Je suis sûre que mes mots y ont été pour quelque chose.
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Un hôpital londonien réalise le rêve de patients en fin de vie grâce à la VR

Hôpital expérience VR réalité virtuelle pour patients en fin de vieL’hôpital britannique « Royal Trinity Hospice » accueille des patients en fin de vie et les accompagnent dans leurs derniers jours en leur offrant des conditions dignes avant de s’éteindre. Le centre propose désormais à ses patients de réaliser un de leur rêve virtuellement et de les éloigner, le temps d’une expérience immersive, de la douleur et de l’anxiété de leur quotidien.
L’accompagnement des personnes en fin de vie est délicat. Il faut offrir bien évidemment des soins mais aussi un accompagnement et beaucoup de compréhension. De nombreux patients, avant de mourir, évoquent leurs souvenirs, leurs joies mais aussi leurs regrets de ne pas avoir réalisé telle ou telle chose dans leur vie. C’est pourquoi, un hôpital londonien a tenté, avec succès, de permettre à ses patients de s’échapper de la réalité et de réaliser un de leur rêve grâce à la réalité virtuelle. Non seulement les patients sont heureux de l’expérience insolite mais cela a aussi un effet très bénéfique sur leur souffrance et leur anxiété.
anxiété.
Hôpital VR patients en fin de vie

La VR pour améliorer la qualité de vie des patients en phase terminale

Tout est parti de la rencontre d’un producteur de films avec une mère, paralysée depuis de nombreuses années. Celle-ci a confié au réalisateur que son plus grand regret était de n’avoir jamais pu nager avec les dauphins et, désormais handicapée, ne pourrait désormais plus jamais réaliser ce rêve de petite fille. Touché par cet aveu, le réalisateur a alors conçu un film immersif en 3D et à 360 degrés pour la maman de deux enfants. Face à l’émerveillement de la femme handicapée durant son expérience en réalité virtuelle de nager avec des dauphins, l’idée de s’associer avec un hôpital pour personnes en fin de vie a germé dans l’esprit du producteur.

Et c’est vers l’hôpital « Royal Trinity Hospice » de Londres, qui accueille des patients en fin de vie, que l’expérience s’est poursuivie. Les patients évoquent auprès de l’équipe médicale un rêve qu’ils aimeraient réaliser avant de mourir et le personnel choisit, parmi la playlist d’expériences VR disponible, le film immersif le plus adapté. Les patients peuvent ainsi, depuis leur lit d’hôpital, vivre virtuellement la sensation de faire du ski dans les Alpes, surfer sur la plus belle vague de Tahiti, admirer les chutes du Niagara, voyager à travers le monde, etc. Les limites physiques du corps de les contraintes de la maladie sont oubliées le temps de l’expérience et les résultats sont très encourageants.

L’hôpital réduit la douleur et l’anxiété de ses patients grâce à la VR

L’un des principaux objectifs d’un établissement recevant des patients en fin de vie est de réduire leur stress et la douleur tout en offrant un accompagnement digne pour les derniers instants de la personne. Les expériences en réalité virtuelle proposées semblent idéales pour cela.

Susie, par exemple est une patiente atteinte d’un cancer en phase terminale particulièrement douloureux. Après avoir expérimenté un voyage virtuel aux Maldives, la patiente, qui avait évalué sa souffrance à 7 sur une échelle de 10 avant d’enfiler le casque de réalité virtuelle, indiquait ne plus souffrir qu’à 3 sur 10 après l’immersion apaisante.

Une surprenante expérience de mort imminente en réalité virtuelle

Expérience décorporation en réalité virtuelleLe chercheur Mel Slater a mené une intéressante expérience en réalité virtuelle. Cette expérience reproduisait, sur les cobayes, l’étape de décorporation (sortie du corps) décrite par de nombreuses personnes ayant vécu une expérience de mort imminente. Le résultat de l’étude menée est particulièrement encourageant puisque les personnes ayant tenté l’expérience avaient moins peur de mourir par la suite. Explications…
De nombreuses personnes ayant été déclarées mortes cliniquement par un médecin (généralement après un arrêt cardiaque de quelques minutes) et étant revenues à la vie ont raconté avoir vécu une expérience troublante. Cette expérience appelée de mort imminente (Near Death Experience en anglais ou NDE) a changé les personnes l’ayant vécu. Ceux-ci ne craignaient alors plus de mourir et devenaient plus empathiques et généreux. C’est en se basant sur les étapes des témoignages de personnes étant déclarées mortes et étant revenues à la vie que le scientifique Mel Slater a élaboré son expérience en réalité virtuelle.

Une expérience de mort imminente qui enlève la peur de mourir

Expérience décorporation en VR
Un grand nombre de personnes ayant été déclarées mortes cliniquement racontent avoir senti qu’elles sortaient de leur corps et flotter au dessus de leur enveloppe charnelle comme s’ils étaient des observateurs de la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Bien souvent, il leur fallait un certain temps pour réaliser que le corps en dessous d’eux était leur enveloppe charnelle. Ils observaient alors la scène d’au dessus totalement détachés de toute peur, de douleur et de crainte.

Expérience de mort approchée en réalité virtuelle VRLes témoins d’une telle expérience racontent ensuite avoir vu leur vie défiler sous leurs yeux comme un film en accéléré et revoir des scènes de leur passé. Ils étaient ensuite projetés dans un tunnel de lumière blanche où règne un profond sentiment d’amour, de paix et de bien être. Ils rencontraient alors des êtres chers disparus qui étaient dans une sorte de halo lumineux et semblaient resplendissants et plein d’amour. Cependant l’expérience s’arrêtait là puisque brusquement ils avaient le sentiment de revenir brutalement dans leur corps réanimé. Cette expérience, vécue par de très nombreuses personnes sur toute la planète et ayant des religions totalement différente, est toujours similaire et appelée expérience de mort imminente ou NDE. Cette expérience bouleversante change à jamais ceux qui l’ont vécu et ceux-ci perdent toute notion de peur de la mort et deviennent, par ailleurs, de meilleures personnes, plus empathiques et plus généreuses.

L’expérience de mort imminente en réalité virtuelle

Expérience mort imminente en VRLe chercheur britannique Mel Slater a décidé de reproduire partiellement cette expérience auprès de cobayes grâce à la réalité virtuelle afin de voir si les expérimentateurs perdaient, eux-aussi, toute notion de peur de la mort. Aussi, a-t-il monté un projet à l’aide d’un casque de réalité virtuelle Oculus Rift et différents appareils pouvant stimuler, au moyen de vibrations, certains endroits stratégiques du corps. Rassurez vous, les cobayes ne mourraient pas pour revenir à la vie.
Les cobayes étaient invités, dans un premier temps à chausser le casque de réalité virtuelle, de s’installer confortablement sur une chaise. Une fois les appareils de stimulation connectés, l’expérimentateur était invité, par le programme en réalité virtuel conçu pour l’expérience, à prendre conscience de leur avatar et de ressentir leur corps à travers leur avatar. Différents exercices étaient proposés pour que ceux-ci prennent conscience de leur corps physique et de la position dans laquelle ils se trouvent.

La décorporation en réalité virtuelle

Expérience de mort imminente en réalité virtuelleC’est après cette première phase de prise de conscience de son propre corps au travers de l’avatar que la personne mourrait de façon virtuelle. Le cobaye voyait alors son point de vue de la scène changer comme s’il était sorti de son corps pour flotter dans la pièce. Toute stimulation physique était alors supprimée reproduisant assez fidèlement les expériences de décorporation décrites par ceux qui ont vécu une véritable expérience de mort imminente.

L’expérience menée par le chercheur est particulièrement réussie puisque, la plupart des cobayes ont assuré avoir ressenti une véritable sensation de séparation de leur corps physique et d’avoir observé leur avatar comme s’ils avaient réellement vécu une expérience de mort imminente et de décorporation.

Les résultats de l’expérience de mort imminente en réalité virtuelle

Pour le moment, trente deux cobayes ont tenté l’expérience de mort imminente en réalité virtuelle menée par le scientifique britannique. 16 d’entres-elles faisaient parti d’un groupe témoin et n’ont pas vécu la partie décorporation de l’expérience VR afin de pouvoir comparer les résultats correctement. Les expérimentateurs étaient ensuite interrogés tout de suite après l’expérience. Plusieurs questions leur étaient posés sur leur religion, s’ils avaient ressenti physiquement une expérience crédible de décorporation, leur sentiment ainsi que si cette expérience les avaient changés notamment sur la question de la peur de la mort.
Mort imminente en VR

Les résultats compilés par cette expérience sont assez troublants et encourageants. En effet, les personnes issues du groupe de cobayes ayant vécu l’expérience de décorporation et de mort imminente en réalité virtuelle ont affirmé ressentir désormais moins de peur de mourir que ceux qui ne l’avaient pas vécu. Le chercheur a aussi noté que le fait d’être athée ou croyant ne modifiait en rien les résultats de l’étude.

Des résultats en VR proches des enquêtes auprès de personnes ayant vécu une véritable expérience de mort imminente

Au final, les résultats obtenus grâce à l’expérience de décorporation en réalité virtuelle sont assez proches des enquêtes menées auprès de personnes qui ont vécu une véritable expérience de mort imminente, tout au moins sur l’aspect concernant la peur de mourir.
Mort imminente en réalité virtuelle

Des premiers résultats très encourageants donc, mais qui demandent à être confirmés. Aussi, l’équipe de Mel Slater va poursuivre l’expérience sur un plus grand nombre de cobayes afin d’obtenir des résultats beaucoup plus fins et scientifiquement pertinents.


Peur de la mort ou peur de mourir ?

A ce destin scandaleux, nul ne s’habitue jamais. Jusqu’où ce refus est-il normal ? Quand devient-il pathologique ? Voici comment l’idée de la mort s’ancre en nous.
"Jusqu’à 32 ans, j’ai tenu la mort pour une abstraction, explique Sonia. Puis ma meilleure amie est décédée : un accident de voiture. Ce jour-là, j’ai vraiment réalisé que, moi aussi, j’étais concernée. Depuis, quand mes parents partent en voyage, je suis un peu anxieuse. Adepte de l’escalade, je prends moins de risques…"
Pour la psyché humaine, la mort est le paradoxe des paradoxes. C’est notre destin, donc un phénomène bien ordinaire, pourtant, écrit le philosophe Vladimir Jankélévitch dans La Mort (Flammarion, 1977), nul ne s’y habitue : "Chaque mort étonne ou scandalise, comme si elle était la première." En même temps, nous réussissons à vivre, à aimer, à agir malgré la menace quasi quotidienne de notre trépas… Serions-nous héroïques ou inconscients ? Rares sont ceux qui se disent : "Puisque je dois mourir, je commence dès aujourd’hui à me laisser dépérir, à refouler en moi tout désir." En fait, les pathologies directement liées à la peur de la mort sont peu nombreuses. Cependant, pour définir, dans la relation à la mort, la limite entre le normal et le pathologique, encore faut-il cerner les processus par lesquels elle s’ancre en nous, ainsi que leurs effets.

Naître à la mort

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"L’expérience de la naissance est la première expérience de l’émergence de la mort", déclarait Françoise Dolto dans Parler de la mort (Mercure de France, 1998). Notre venue au monde nous installe parmi ceux qui vont mourir. Elle implique d’emblée une perte : celle du placenta protecteur vécu par le nouveau-né comme une part de lui-même. Dès l’âge de 2-3 ans, l’enfant peut réaliser qu’une personne de son entourage est morte. Mais il s’imagine qu’elle est partie habiter dans un autre univers d’où elle reviendra peut-être. Pour un petit, mourir c’est vivre autrement. Inutile de s’inquiéter s’il ne pleure pas toutes les larmes de son corps et manifeste surtout de la curiosité ("Où il est papy, maintenant ?"). La mort intrigue les enfants, comme la sexualité et la procréation. En revanche, une absence de questionnements de sa part signale une difficulté : l’enfant se tait pour ménager ses parents s’il saisit leur incapacité à parler de ce décès. Or ce silence risque de le rendre inapte, plus tard, à assumer la confrontation avec la mort… sans se mortifier.

La peur s’installe

C’est une étape normale du développement de l’enfant. Vers 7 ans, l’idée de la mort devient très active. "J’y pensais tous les soirs avant de m’endormir, se souvient Delphine. J’étais angoissée à l’idée que j’allais mourir un jour. Pour me rassurer, j’ai imaginé un personnage, Monsieur Tout-le-Monde, nécessairement promis à la mort. Puis je me suis identifiée à lui. Alors, j’ai pu me dire que mourir était une chose normale et ma peur s’est atténuée." Certains enfants, eux, ne cessent de craindre que "maman meurt". Cette inquiétude provient d’un malaise ressenti par le tout-petit qui, lorsque sa mère s’absente, a peur qu’elle ne revienne pas, analyse Ginette Raimbault, psychanalyste et auteur de L’Enfant et la mort (Dunod, 1998). D’ordinaire, ce type d’angoisse s’apaise avec l’apprentissage de la solitude.
Très tôt la conscience de la mort donne lieu à une peur des morts inspirée, selon Freud, par la culpabilité : nos relations aux autres sont toujours teintées d’ambivalence, l’être le mieux aimé est simultanément haï. Aussi, quand une personne proche s’en va, nous nous sentons coupables – plus ou moins consciemment – des sentiments hostiles que nous lui portions. D’où les scénarios d’enfants et les dessins campant monstres et fantômes. Ceux-là mêmes que nous retrouvons dans la littérature fantastique et les films d’épouvante. Toutefois, sauf situation névrotique où la culpabilité demeure inentamable, notre psychisme sait aussi se protéger et transformer les morts en êtres bienveillants. Mais, d’une façon générale, les morts impressionnent. Les précautions oratoires adoptées pour les désigner témoignent de notre embarras. D’un défunt, on préfère dire qu’il est parti ou plongé dans le sommeil de l’éternité. Saint Paul nommait les morts "ceux qui dorment".

Moi aussi, je vais mourir…

C’est la mort des autres qui nous fait prendre conscience de notre mortelle condition. "Moi aussi, je vais mourir." Un constat propre à l’homme et impossible pour l’animal qui vit dans l’ignorance du sort qui l’attend. Etre un homme c’est craindre la mort et inventer des rituels pour marquer son passage. Les spécialistes de la préhistoire ne parlent d’"hominisation" qu’à partir du moment où les grands singes velus que nous tenons pour nos premiers ancêtres se sont mis à honorer leurs morts par des rites funéraires. Pourquoi ont-ils, dans la foulée, inventé les religions ? Probablement pour essayer de donner un sens à la vie et des images à la mort, univers de l’invisible et du non-représentable par excellence. Ce n’est pas un hasard si la majeure partie de la littérature philosophique s’emploie à nous aider à la penser. Pour mieux la dénier. "Il est inutile d’y songer, déclare Epicure. Tant que nous sommes là, elle n’est pas ; quand elle est là, nous ne sommes plus." Ou pour nous persuader de l’accepter avec sérénité. Grâce à la philosophie. "On peut apprendre à mourir", assure Montaigne.
"A 40 ans, je constate qu’autour de moi on commence à développer des cancers, observe Emmanuel, la mort a cessé d’être un “accident” pour entrer dans un certain quotidien. Surtout, j’ai peur pour mes parents : ils vieillissent et j’imagine que d’ici à quelques années, ils seront impotents… Après, forcément, ce sera la mort."
Si craindre la mort de parents, de proches, malades ou vieillissant, est légitime, être obsédé par la perspective du décès de tous les êtres qui nous entourent est névrotique. Tout comme la crainte perpétuelle de certaines mères pour la vie de leurs enfants. Pour la psychanalyse, ce type de symptômes est l’effet de vœux inconscients de mort transformés dans la conscience en obsession permanente de la mort.
Vouloir rester en vie, pour ceux qui ont besoin de nous, est une autre préoccupation très courante. "Quand mon mari et moi partons en voyage, nous ne prenons jamais le même avion, avoue Estelle, 40 ans, mère de deux garçons de 10 et 13 ans. Pour que nos enfants ne soient pas orphelins. Statistiquement, il est impossible que deux catastrophes aériennes surviennent coup sur coup." Eviter les situations susceptibles de causer prématurément notre décès n’a rien de pathologique. En revanche, se sentir en situation de danger permanent, sans raison, est plus problématique. On ne monte jamais dans une voiture, ni dans un bateau, on est obsédé par la pensée que nos proches vont disparaître… Certains individus, par superstition névrotique, frémissent d’horreur dès qu’ils lisent ou entendent le mot "mort", signe qu’il pourrait leur arriver une chose terrible.
En psychanalyse, la sensation constante de mort imminente, les angoisses morbides chroniques ont généralement leur source dans des conflits psychiques non résolus. "Grâce à ma thérapie, je me suis rendue compte que ma peur venait de la relation que j’avais eue avec ma mère, confie Sylvia. Enfant, je n’avais jamais pu me fier à elle. Adulte, je n’avais pas davantage confiance en la vie : j’imaginais que rien de bon ne pouvait m’arriver."
 

Que subsistera-t-il de notre moi ?

Pourquoi meurt-on ? Que se passe-t-il après ? De la mort dans sa concrétude, on ne sait rien. Nous n’avons que des fantasmes, c’est-à-dire un savoir inventé pour se rassurer, insiste Françoise Dolto. Les religions – fantasmes collectifs, selon Freud – nous font espérer un au-delà, une survie de "l’âme" : expliquer que Dieu rappelle très tôt à lui ceux qu’il aime est une façon de mieux supporter ce scandale absolu qu’est la mort d’un enfant. Elles ont aussi insufflé l’idée que la mort est, à l’occasion, une libération, le remède le plus efficace aux blessures de la vie. Mais leur perte d’influence laisse l’Occidental d’aujourd’hui plus démuni que jamais. Il ne dispose plus des mots et des gestes qui permettaient jadis de faire face à la Grande faucheuse. D’où sa tendance à cloîtrer dans les hôpitaux, à éloigner de son regard malades et vieillards et à négliger les rites funéraires.
Puisque la mort ne peut être pensée qu’à partir de l’unique expérience dont nous disposons – la vie –, l’illusion est nécessaire : après le moment fatal, quelque chose de notre moi subsistera. D’où nos préférences sur la façon dont sera traité notre cadavre.
"Je tiens à être enterrée pour qu’on vienne me voir, qu’on se souvienne. Le nom sur la tombe continue de maintenir une sorte d’existence", explique Marie. "Je voudrais être incinérée pour que mes cendres soient dispersées, pour être libre, explique Laure. Léguer mon corps à la science ? Pas question d’être charcutée !" Cette impossibilité de réaliser que, une fois morts, notre moi cessera d’exister, est à la base d’un fantasme très répandu : la peur d’être enterré vivant. Plus que la mort abstraite, c’est le "mourir" qui nous effraie. Évoquer ce moment de passage entre vie et trépas, où l’on se dirait "je meurs", donne le vertige. Mais au-delà de cette crainte métaphysique, il existe aussi la crainte très banale de la "sale" mort, celle qui fait souffrir. La plupart d’entre nous souhaite périr dans son sommeil, sans rien savoir de ce "mourir". Mieux vaut une crise cardiaque brutale à la lente agonie qui laisse le temps de penser à l’inévitable.

La mort, moteur de la vie

La mort impersonnelle, abstraite, nous la refusons tous : "Chaque individu veut mourir de sa mort “à lui”", constatait Freud dans ses Essais de psychanalyse (Payot, 1989). C’est pourquoi il agit, tente de se construire son propre destin. Selon les psychanalystes, c’est l’aiguillon de la mort qui nous pousse à faire des enfants grâce auxquels nous survivrons au-delà du néant. C’est lui aussi qui incite l’artiste à créer pour immortaliser son nom. James Joyce, auteur de textes particulièrement obscurs, l’affirmait clairement : "J’écris pour donner du travail aux universitaires pour les siècles à venir."
En fait, vivre éternellement serait sans doute d’un ennui sans fin. Car le désir de vivre, de créer, d’aimer se nourrit d’obstacles. Et, sans l’horizon de la mort, cette énergie intérieure s’éteindrait probablement à tout jamais. Autrement dit, nous avons psychologiquement besoin de la mort pour vivre.

Éros contre Thanatos

Plus nos décennies filent, plus la conscience de notre statut de mortel s’ancre dans nos esprits. "Tant que j’avais mes parents, j’y pensais rarement, assure Louisa, 59 ans. Maintenant que je suis grand-mère, je me dis qu’est venu mon tour."
Rédiger son testament est sans doute l’acte qui nous confronte le plus à la mort. Néanmoins, nous n’y croyons jamais concrètement. "Dans l’inconscient, chacun est persuadé de son immortalité", écrit Freud dans ses Essais de psychanalyse (Payot, 1989) : l’inconscient ignore le temps et, par conséquent, la mort. Même si nous avons vu des parents, des amis disparaître, notre inconscient nous murmure à l’oreille : "Toi, tu ne mourras pas." Le malade qui demande à être euthanasié ne croit pas davantage qu’il va mourir : il veut surtout abréger ses souffrances. Mais, à cet élan qui nous jette parfois dans les bras de la mort, il existe une autre explication. Selon Freud, en nous s’affrontent deux types de pulsions : les pulsions sexuelles, d’autoconservation (qu’il nomme "Éros") et la pulsion de mort (qu’il appelle "Thanatos") présente en nous dès la naissance.
Chez l’individu normal, les deux sont associées et c’est cette union qui produit un mouvement vers la création ou la procréation. Cependant, il arrive que les péripéties de l’histoire personnelle d’un individu (mauvais traitements, abandon ou deuils précoces mal surmontés) entraînent une disjonction de ces forces. Et là, la mort mène la danse…

Yasmina, 25 ans : “J’ai annoncé à mon père qu’il allait mourir”

"Plus que trois mois à vivre…" Ces mots, le jeune interne des hôpitaux de Paris n’a pas su les dire à mon père, qui, à 77 ans, entrait en phase terminale d’un cancer du fumeur. Ma mère non plus : "Je n’y arriverai jamais…"
Je lui ai répondu, la gorge serrée, que papa détestait le mensonge et qu’il avait le droit de savoir… Me voici assise devant lui, au salon. Le vide s’est fait autour de nous… "Papa, ils nous ont menti, il ne te reste pas beaucoup de temps, trois mois au mieux. Tu as une tumeur dans un poumon, en plus de celle dans ta gorge, et des métastases partout… Rien à faire, c’est fini…"
Il répond d’abord avec ses yeux, surpris que l’émissaire désigné soit la troisième de ses enfants : moi qui, à 25 ans, continue à refuser qu’il me quitte. J’ai su lire dans son regard : il n’était pas trop inquiet pour lui-même, il était enfin parvenu à accepter l’idée de la mort. Après ce silence, il me répond : "Je le sais bien : les brûlures sont de plus en plus fortes dans ma gorge, dans mon dos… Chaque jour, c’est pire, mais moi ça va, j’ai bien vécu." C’est décidé, il mourra à la maison, ne veut pas d’infirmière et demande qu’une belle grille soit mise autour de sa tombe. Ces paroles sans réserve nous ont permis à tous de mieux vivre ce passage vers l’inconnu. Sa mort a été comme un instant de grâce : dans sa maison, entouré de ceux qu’il a aimés, il a eu droit au bonheur, même au bord du trépas. Je suis sûre que mes mots y ont été pour quelque chose.

Concerts

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